Date : 31/12/2011

Prothèses mammaires PIP : les victimes écoeurées

Le fondateur de PIP est consultant pour une société créée par ses enfants.

Prothèse mammaire défectueuse PIP Prothèse mammaire défectueuse
de la marque PIP

« Il n'y a pas un jour où on ne découvre pas quelque chose de grave dans ce dossier. » Me Philippe Courtois, avocat bordelais de femmes porteuses de prothèses mammaires de marque PIP (Poly Implant Prothèse), ne décolère pas. Dans son édition d'hier, le quotidien « Nice-Matin » révèle en effet l'existence d'une société, France Implant Technologie (FIT), créée en juin dernier par ... les enfants de Jean-Claude Mas, fondateur de PIP et concepteur de ses prothèses mammaires défectueuses.

FIT est « une société de fabrication de matériel médico-chirurgical et dentaire », selon des documents enregistrés au tribunal de commerce de Toulon. En clair, des prothèses mammaires, mais aussi des prothèses de mollets, de fesses, et des produits dentaires.


Vingt cas de cancers ont été déclarés à l'Agence des produits de santé chez des femmes porteuses de prothèses mammaires fabriquées par la société PIP qui a également commercialisé plusieurs dizaines de milliers de ces implants à l'étranger, directement ou via des intermédiaires.


Coup de poignard dans le dos

Plus étonnant encore, dans l'organigramme de la FIT, Jean-Claude Mas apparaît comme consultant. La société met en avant ses « trente années d'expérience » dans les implants mammaires, le présente comme « un créateur de génie ». Sans le dire, FIT semble prendre le relais de PIP, dont les produits sont interdits depuis mars 2010, après la découverte d'un gel suspect et non conforme et le dépôt de plusieurs plaintes.

Dans sa « lettre d'intention », la nouvelle société se positionne clairement sur des produits à bas prix afin de conquérir un marché international. Une nouvelle accueillie comme un coup de poignard dans le dos par les victimes de PIP qui se débattent dans leurs démarches et voient d'un mauvais oeil le fait que Jean-Claude Mas, un temps déclaré en cavale, soit libre de faire ce que bon lui semble.

« C'est un problème de justice laxiste », gronde le docteur Dominique Courtois, président de l'Association d'aide aux victimes d'accidents corporels (Aavac). « Les magistrats l'ont eu sous la main à deux reprises et l'ont laissé partir. Son avocat a raison. Il n'est pas en fuite et il n'a pas à dire publiquement où il se trouve. »

C'est en effet par la voix de son avocat, Me Yves Haddad, que Jean-Claude Mas s'est exprimé. Il a admis que le gel de silicone aujourd'hui incriminé était un gel « maison », tout en niant toute toxicité. Un produit non agréé, à base de gel alimentaire, pour réduire les coûts de l'entreprise PIP, confrontée à une concurrence accrue et qui finira par être placée en liquidation judiciaire en 2010. D'où la crainte du « on prend les mêmes et on recommence », formulée par certains.

« La justice joue avec le feu », estime Me Philippe Courtois. « Car la crainte de l'ensemble des victimes, c'est d'avoir un siège vide au moment du procès pour tromperie aggravée prévu fin 2012. » Il lui paraît plus indiqué que le juge d'instruction opte pour « la mesure coercitive la plus simple », à savoir un placement sous contrôle judiciaire avec obligation de pointer toutes les semaines à la gendarmerie et interdiction d'exercer dans le milieu du matériel médical. « Les victimes sont naturellement indignées et scandalisées par cette annonce », fait valoir l'avocat. « »

« C'est proprement scandaleux », renchérit son père, le docteur Dominique Courtois. « Les victimes sont écoeurées, mais en ce moment elles pensent avant tout à ce corps étranger et potentiellement dangereux en elles. Elles sont davantage focalisées sur l'explantation de leur prothèse et la recherche d'un chirurgien qui les réopère à moindre coût que sur le sort de M. Mas. » Lors d'un prochain comité de suivi des victimes PIP, le 5 janvier, le médecin espère convaincre les chirurgiens de ne pas prendre d'honoraires pour les réimplantations après les explantations prises en charge par la Cnam.


Italie

Le parquet de Turin a ouvert une enquête contre Jean-Claude Mas. L'Italie a invité les porteuses de prothèses à consulter un médecin.

Venezuela

Les centres de santé publics retireront gratuitement les implants défectueux aux femmes qui le souhaitent, mais ne les remplaceront pas. Une centaine de femmes ont annoncé leur intention de se retourner légalement contre PIP et ses distributeurs dans le pays pour leur faire payer le remboursement de leurs prothèses.

Brésil

Le pays a définitivement interdit hier l'usage des prothèses PIP. 24 534 implants individuels de la marque ont été commercialisés. L'Agence nationale de vigilance sanitaire a recommandé aux porteuses de ces implants de se soumettre à des examens médicaux.

Bolivie

Les autorités vont renforcer le contrôle des centres de chirurgie esthétique et ont offert une opération gratuite aux éventuelles porteuses de prothèses défectueuses, bien que celles-ci soient officiellement interdites dans le pays.

Argentine

Entre 13 000 et 15 000 femmes sont porteuses de ces prothèses. Une seule clinique privée a offert de prendre en charge leur retrait, mais pas leur remplacement. Les victimes refusent donc.



Source : Sud ouest - Prothèses mammaires PIP : les victimes écoeurées


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