Date : 17/11/2010

Sud Ouest : Les dangers du Mediator

Pourquoi les pouvoirs publics et les autorités sanitaires ont-ils réagi si tardivement devant des effets largement dénoncés ?

médicament Médiator, boîte 150 mg "le Médiator serait responsable de 500
à 1000 décès en France "

Trente-quatre ans après, il voit arriver des dossiers avec la même pathologie : hypertension artérielle pulmonaire et déformation des valvules cardiaques.

Le docteur bordelais Dominique Courtois, fondateur de l'Aavac (Association d'aide aux victimes d'accidents corporels), relevait hier matin que les quelque 200 dossiers que son association a récoltés faisaient état des mêmes constats que ceux qui lui furent envoyés à l'époque concernant l'Isoméride.

Le fabricant - le laboratoire Servier - est le même.

Ce médicament prescrit aux diabétiques en surcharge pondérable a été commercialisé pendant trente-trois ans en France.

Retiré de la vente au mois de novembre 2009, il était encore pris par plus de 300 000 patients.

« Illusoire d'attendre »

Pourtant, depuis 2005, la revue indépendante « Prescrire » avait alerté le corps médical sur les dangers du médicament.

L'un des animateurs de la publication, Pierre Chirac, explique qu'ils avaient aussi consulté des publications internationales, qui évoquaient les mêmes effets indésirables.

« Nous savions, confirme-t-il, qu'il était illusoire d'attendre, même si, en pharmacovigilance, une sous-notification ne signifie pas un moindre danger, mais qu'un certain nombre de médecins n'ont pas fait le rapport. ».

Début 2007, le docteur Irène Frachon, pneumologue hospitalier à Brest, prend en charge une patiente atteinte d'hypertension artérielle et fait le rapprochement entre le Mediator et les effets de l'Isoméride, coupe-faim dont elle a connu les ravages à l'hôpital Bicêtre, où elle a travaillé dans le service qui en avait dénoncé les dangers.


Le docteur Irène Frachon poursuit son enquête, alerte l'Afssaps (Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé), et écrit un ouvrage (« Mediator. Combien de morts ? »), dont Servier demandera que le sous-titre soit supprimé.

Elle se bat dos au mur contre le laboratoire et l'indifférence des autorités sanitaires.
« Je ne comprends pas, assure le professeur Bernard Begaud, professeur de pharmacologie à Bordeaux 2, directeur de l'unité Inserm UE 657 (pharmacologie-épidémiologie et évaluation de l'impact des produits de santé sur les populations), que l'on ait laissé cette femme médecin se débrouiller seule, sans moyens. Alors qu'elle soulevait une question de santé publique et qu'il ne s'agissait pas d'une lubie. »

Un train de retard

Pour le professeur bordelais, « C'était prévisible. L'Isoméride ayant été interdit, le report allait se faire sur le Mediator. L'enquête aurait dû être diligentée plus tôt. Je ne crois pas, ajoute Bernard Begaud, qu'il y ait derrière tout ça des problèmes de corruption, plutôt une situation issue de petites erreurs. ».

Reste que Dominique Courtois dénonce lui aussi « le train de retard de l'Afssaps qui se réveille toujours quand la goutte d'eau a déjà fait déborder le vase. Le problème, ajoute-t-il, c'est qu'il n'applique pas le principe de précaution. ». Et d'avouer que le laboratoire Servier, avec lequel il avait voulu négocier pour ce qui est de l'Isoméride, ne souhaitait le faire que si l'animateur de l'Aavac s'engageait à éviter les procédures et l'oreille de la presse.

La situation du laboratoire Servier, fragilisé par plusieurs dossiers embarrassants dont le Survector, un antidépresseur utilisé par des drogués, a peut-être aussi joué vis-à-vis de l'Afssaps, qui n'a pas souhaité le mettre en difficulté. Sauf qu'avec quelque 500 morts en trente ans, 3 500 hospitalisations et la prise de Mediator par plus de 43 000 diabétiques, la ligne de défense du laboratoire - négation et contestation des « extrapolations » des autorités sanitaires - risque fort d'être enfoncée.


« Il est temps que les pouvoirs publics donnent un grand coup de balai, assure le docteur Dominique Courtois. Nous allons de scandales sanitaires en scandales sanitaires. » Il est vrai qu'il parle d'or puisqu'il doit rencontrer Xavier Bertrand, nouveau ministre du Travail et de la Santé, pour évoquer les prothèses mammaires défectueuses dont son association a également accueilli les victimes.


Les patients ayant pris du Mediator (ou son équivalent générique) pendant au moins trois mois au cours des quatre dernières années de commercialisation du produit (2006-2009) doivent consulter leur médecin traitant.

Source : Sud-ouest.fr - Les dangers du Mediator


En savoir plus : Association d'Aide aux Victimes du Médiator et de l'Isoméride

Site de l'association des victimes du Mediator Site de l'association de victimes
du Mediator et de l'Isoméride

Suite au nombre considérable de demandes d'aide dés le début de l'affaire de l'Isoméride, une association dédiée aux victimes de ce médicament et à leurs familles a été créé en février 2001.

L'AVIM est une Association d'aide aux victimes de complications (cardiaque, pulmonaire, ...), suite à un traitement par le médicament MEDIATOR et le médicament ISOMERIDE, dans toutes leurs démarches pour obtenir une juste réparation de leurs préjudices.

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