Date : 07/09/2011

Procès Mediator : les laboratoires Servier risquent une mise en examen

L'accusation de tromperie n'apporte toutefois rien de plus à un dossier pipé dès le début.

Boites médicament Mediator Antidiabétique Mediator vendu
comme coupe-faim

« On enfonce des portes ouvertes. » Le docteur bordelais Dominique Courtois, président de l'Association de défense des victimes de l'Isoméride et du Mediator (Avim), n'est pas surpris par les révélations du professeur Jean Charpentier dans « Libération » et « Le Figaro » d'hier. Mais il fait remarquer qu'il n'y a rien de très nouveau dans ce que disent ces deux scientifiques qui ont travaillé pour le laboratoire.

Ainsi Jacques Duhaut, pharmacien retraité et ancien directeur du laboratoire diabète et obésité chez Servier, reconnaît que le Mediator était bien un coupe-faim. Et le professeur Charpentier, neurochirurgien et neuropsychiatre qui avait rédigé l'étude destinée à obtenir l'autorisation de mise sur le marché (AMM), a expliqué aux juges que c'est dans cette optique que le laboratoire avait expurgé les passages montrant les liens entre amphétamine et Mediator.

« Depuis le début, souligne Bernard Bégaud, professeur de pharmacologie à l'université de Bordeaux, je répète que le Mediator n'est pas une affaire de pharmacologie, mais d'AMM. » Intervenant en mars dernier dans nos colonnes sur le rapport Debré-Even, il assurait : « Le dysfonctionnement concernant le Mediator ne vient pas d'un défaut de la pharmacologie. C'est un problème de mise sur le marché. On a reconnu une indication thérapeutique à ce médicament en matière de lutte contre le diabète, alors qu'il ne l'avait pas prouvée. Et on l'a maintenue. D'ailleurs en juin 2009, l'autorisation a été délivrée à ses génériques. »

« Dossier pipé »

Était-il donc aussi facile de forcer la main à l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps), est-on tenté de demander au professeur Bégaud, qui fut membre de la commission de pharmacologie de 1982 à 2000 et qui a présidé celle des essais cliniques de 1994 à 2008. « Durant les années antérieures aux réglementations actuelles, il pouvait y avoir des connivences évidentes entre experts et laboratoires. Et les arrangements étaient très fréquents. C'est la raison pour laquelle je suis partisan d'un renforcement de l'expertise interne de l'agence, capable d'émettre une opinion très critique sur ce qu'avancent les experts désignés. Le fait que, dans la réforme de l'agence, les débats doivent être filmés devrait aussi être une incitation à plus de transparence et de vérité. »

La présentation de la molécule du Mediator comme un antidiabétique - donc remboursable - a été pour les laboratoires Servier l'assurance qu'elle serait prescrite et achetée. « Qui a permis, et de quelle façon, de faire basculer le médicament dans cette case avantageuse ? interroge Dominique Courtois. C'est à la justice de trouver comment le dossier a été pipé. »

Lui qui a rencontré les trois juges d'instruction en charge de l'affaire se félicite de leur diligence. « Je vais déposer au pôle santé 300 dossiers pour tromperie, bien que je ne sois pas intellectuellement séduit par la perspective de protester contre un préjudice dont la victime n'avait pas conscience. » Il ne croit pas non plus au risque de voir les laboratoires Servier, dont le député de Haute-Garonne Gérard Bapt a demandé la nationalisation, péricliter et disparaître. Et de rappeler qu'il vend beaucoup de plaquettes de Mediator en Chine et dans les pays de l'Est.

Une histoire de famille chimique

Dans son rapport remis au ministère de la Santé, l' Inspection générale des affaires sociales (Igas) dénonce « une stratégie de positionnement du Mediator [...] en décalage avec la réalité pharmacologique de ce médicament ».

L' Igas explique comment la découverte, au début des années 60, par des chercheurs américains, d'une nouvelle molécule anorexigène dérivée de l'amphétamine, la norfenfluramine, a conduit le groupe Servier à lancer un vaste programme d'études pour tenter de mettre au point de nouveaux anorexigènes débarrassés des effets stimulants potentiellement dangereux de l'amphétamine.

Parmi les molécules testées figuraient la fenfluramine, commercialisée comme coupe-faim en France, et le benfluorex, qui obtiendra son AMM comme adjuvant au traitement des hypertriglycéridémies et comme adjuvant au régime chez les diabétiques en surcharge pondérale.

« Les trois molécules en question - norfenfluramine, fenfluramine et benfluorex - sont pharmacologiquement, méthodologiquement et chronologiquement liées », indiquent les inspecteurs de l'Igas.

La norfenfluramine apparaît ainsi comme un métabolite (produit de la transformation chimique d'une molécule dans l'organisme) commun à la fenfluramine et au benfluorex.

Selon l'Afssaps, le benfluorex « appartient à la famille des fenfluramines », dont les principaux autres représentants ont été Pondéral et Isoméride (dexfenfluramine). Ces deux coupe-faim ont été commercialisés par Servier jusqu'à leur retrait du marché en 1997, après la découverte de cas d'hypertension artérielle pulmonaire et de valvulopathies cardiaques.


Source : Sud ouest - Mediator - les laboratoires Servier risquent une mise en examen




En savoir plus : Association d'Aide aux Victimes du Médiator et de l'Isoméride

Suite au nombre considérable de demandes d'aide dés le début de l'affaire de l'Isoméride, une association dédiée aux victimes de ce médicament et à leurs familles a été créé en février 2001.

L'AVIM est une Association d'aide aux victimes de complications (cardiaque, pulmonaire, ...), suite à un traitement par le médicament MEDIATOR et le médicament ISOMERIDE, dans toutes leurs démarches pour obtenir une juste réparation de leurs préjudices.

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