Date : 11/04/2007

Sud Ouest : Interview du Docteur Courtois
« Patients consommateurs »

Président de la première association française d'aide aux victimes d'erreurs médicales, le médecin girondin Dominique Courtois publie un guide de conseils.

Sud Ouest : Vous intitulez votre guide « Stop aux arnaques. Le Guide. Spécial santé ». La médecine est-elle devenue un cul-de-basse-fosse ?
Dominique Courtois : "C'est le titre de la collection. Il est sans doute un peu provocateur. Mais il est surtout révélateur de l'évolution des mentalités. Plus de 450 millions d'actes médicaux sont effectués chaque année. Les patients se comportent comme des consommateurs. Ils réclament des comptes. Ils veulent savoir quels sont leurs droits, leurs possibilités de recours. Votée en 2002, la loi Kouchner les a placés au centre du dispositif de soins."

Ils sont au centre du dispositif mais il n'ont pas forcément l'air de comprendre comment fonctionne le système...
"Que faire quand on perd sa carte Vitale ? Comment contester le montant des honoraires s'ils paraissent abusifs ? Comment formuler le courrier recommandé qui doit être adressé à l'auteur d'une erreur médicale ? Les gens veulent du pratique. Connaître les démarches à suivre, c'est éviter des conflits inutiles.

Pourtant, les conflits patients-médecins ne cessent d'augmenter.
"50 % du contentieux pourraient être évités si les professionnels admettaient leurs erreurs. Trop souvent, après un pépin, les médecins ne répondent pas au patient ou à sa famille. Pour savoir ce qui s'est passé, les malades n'ont d'autre solution que d'engager des procédures. Parfois, le médecin n'est nullement responsable de la tournure prise par les événements. Il serait prêt à reconnaître sa faute, mais son assureur le lui interdit. Les compagnies sont des sociétés à but lucratif, dont le seul souci est de verser le moins d'argent possible.

Reste que la montée des contentieux menace l'existence même de certaines spécialités, vu les primes exorbitantes réclamées par les assureurs pour couvrir les risques.
"C'est exact. En matière de chirurgie obstétrique, elles se situent entre 20 000 et 60 000 euros. Au-delà d'un certain montant d'indemnisation, la solidarité nationale devrait se substituer aux assureurs. Le risque existe dans tous les métiers. Si un plombier fait mal son travail, il peut réparer. Le corps humain, c'est différent. Il y aura toujours des erreurs médicales. Les médecins doivent l'accepter. Quand, à la suite d'une intervention chirurgicale, une personne revient handicapée à vie dans une famille où il n'y a pas un rond, on ne peut rester sans rien faire.

Les erreurs médicales sont-elles en augmentation ?
"Il n'existe aucun chiffre officiel. Chaque année, 10 000 procédures contentieuses sont engagées. Selon une enquête du ministère de la Santé, 600 000 événements indésirables seraient survenus en 2005. Du fait de l'explosion des actes médicaux, les contentieux se multiplient. L'arrivée de technologies de pointe comme l'artérioscopie, l'exploration des vaisseaux, apporte aussi son lot d'accidents supplémentaires. C'est inéluctable. Plus on prolonge la vie des gens, plus on multiplie les soins, plus le nombre d'erreurs croît.

Des associations comme la vôtre ne participent-elles pas d'une certaine façon à la décrédibilisation de la médecine ?
"Auparavant, la relation patient-médecin se fondait sur la rencontre d'une confiance et d'une conscience. Le médecin était celui qui détenait le savoir. La vulgarisation médiatique des techniques médicales a changé la perception de l'opinion. La précarité, la peur de perdre son emploi, ce mal-être diffus qui irrigue la société font que les patients exigent du médecin d'aller mieux tout de suite. C'est comme cela. Il faut faire avec. Tout en ne perdant jamais de vue que le médecin est tenu à une obligation de moyens, pas à une obligation de résultats.
LES FAITS. Fondateur de l'Avaac, devenue la première association française d'aide aux victimes d'erreurs médicales (05.56.42.63.63.), le médecin girondin Dominique Courtois intervient régulièrement aux côtés de Julien Courbet, l'animateur de l'émission « Sans aucun doute » sur TF1. De cette collaboration naît aujourd'hui un guide publié aux éditions Michel Lafon (208 pages, 15 euros) et intitulé « Stop aux arnaques. Le Guide. Spécial santé ». Il s'adresse aux consommateurs soucieux de savoir quels sont leurs droits et quelles démarches ils doivent engager lorsqu'ils entrent en conflit avec des soignants ou des institutions.

Source : Sud ouest
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